Dossier juridique — loi de 1965 et convention IRSI

Parties communes ou privatives : qui paie quoi en copropriété

La frontière entre partie commune et partie privative décide de l'assureur qui paie. Elle est fixée par le règlement de copropriété, qui prime sur toute règle générale, et ses cas frontières — fenêtres, balcons, canalisations encastrées — alimentent l'essentiel des litiges du segment.

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Loi du 10 juillet 1965
Jurisprudence
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Branches : copropriete · habitationMis à jour le

Ce qu'il faut retenir

  • La répartition entre commun et privatif est fixée par le règlement de copropriété, qui prime sur toute règle générale.
  • À défaut de stipulation, les articles 2 et 3 de la loi du 10 juillet 1965 s'appliquent à titre supplétif.
  • La qualification détermine quel assureur paie : celui de l'immeuble, ou celui du copropriétaire.
  • Les cas frontières — fenêtres, volets, balcons, canalisations encastrées — concentrent l'essentiel des litiges.
  • Depuis juin 2018, la convention IRSI désigne un assureur gestionnaire unique sur les dégâts des eaux jusqu'à 5 000 € HT, pour indemniser sans attendre la recherche de responsabilité.

Pourquoi cette frontière décide de tout

Un dégât des eaux dans une copropriété ne pose presque jamais la question « suis-je couvert ? ». Il pose la question « par qui ? ». Et la réponse ne dépend ni du contrat d'assurance, ni de la bonne volonté du syndic : elle dépend de la qualification juridique de l'élément d'où part le sinistre.

Si la canalisation qui a rompu est commune, c'est la multirisque immeuble du syndicat qui intervient. Si elle est privative, c'est l'assurance habitation du copropriétaire. Si elle est commune jusqu'à un point et privative au-delà, il faut localiser la rupture — et c'est l'objet de l'expertise.

Cette mécanique explique une frustration fréquente : un copropriétaire sinistré, parfaitement assuré, attend plusieurs mois parce que la frontière est contestée entre deux assureurs. Le contrat n'est pas en cause. La qualification l'est.

La hiérarchie des sources

Le règlement de copropriété d'abord

C'est la règle la plus importante de ce dossier, et la plus souvent ignorée : le règlement de copropriété prime.

L'article 2 de la loi de 1965 définit les parties privatives comme celles réservées à l'usage exclusif d'un copropriétaire déterminé. L'article 3 énumère les parties communes. Mais ces deux articles sont supplétifs : ils ne s'appliquent qu'à défaut de stipulation contraire dans le règlement.

Un règlement peut donc valablement qualifier de privatif un élément que la loi rangerait dans les communs, et inversement. C'est particulièrement fréquent pour les fenêtres, les volets, les garde-corps et les canalisations de distribution. Conséquence pratique : aucune réponse générale ne vaut sans avoir lu le règlement de l'immeuble concerné. Un conseil syndical qui s'appuie sur une règle lue en ligne plutôt que sur son propre règlement s'expose à une mauvaise surprise.

La loi ensuite

À défaut de stipulation, l'article 3 range dans les parties communes :

  • le sol, les cours, les parcs et jardins, les voies d'accès ;
  • le gros œuvre des bâtiments, les éléments d'équipement commun, y compris les parties de canalisations y afférentes qui traversent des locaux privatifs ;
  • les coffres, gaines et têtes de cheminées ;
  • les locaux des services communs ;
  • les passages et corridors.

Le même article présume communs, sauf titre contraire, le toit, les façades, les cages d'escalier et les ascenseurs.

Le point souvent manqué : une canalisation collective reste commune même lorsqu'elle traverse un lot privatif. Le fait qu'elle passe chez vous n'en fait pas la vôtre.

Les cas frontières, un par un

Fenêtres et volets

Le plus contesté. Les menuiseries sont généralement privatives — elles ferment un lot et servent à son seul occupant. Mais elles participent de l'aspect extérieur de l'immeuble, donc leur remplacement est soumis à l'autorisation de l'assemblée générale dès qu'il modifie l'harmonie de la façade.

Pour l'assurance, la conséquence est nette : un bris de vitrage relève du contrat du copropriétaire. Une infiltration par un dormant scellé dans le gros œuvre peut en revanche relever du commun, selon que le défaut touche la menuiserie ou son encastrement.

Balcons et loggias

La règle usuelle distingue la structure et le revêtement. La dalle, les garde-corps scellés et l'étanchéité relèvent du gros œuvre, donc du commun. Le carrelage, le revêtement de sol et la peinture relèvent du privatif.

Une infiltration vers le lot du dessous se tranche donc sur l'origine : si l'étanchéité de la dalle est en cause, c'est l'immeuble ; si c'est le revêtement posé par l'occupant, c'est lui.

Canalisations encastrées

Le principe est celui du branchement. La colonne collective — eaux usées, eaux vannes, distribution — est commune sur tout son parcours. La dérivation qui part de la colonne pour desservir un seul lot est privative à partir de son point de piquage.

L'enjeu de l'expertise est donc exclusivement de localiser la rupture par rapport à ce point. C'est aussi la raison pour laquelle il faut conserver les preuves : photos avant intervention, rapport du plombier précisant l'emplacement exact de la fuite.

Toiture-terrasse à usage privatif

Une terrasse accessible depuis un seul appartement reste commune dans sa structure et son étanchéité, même si son usage est exclusif. L'usage privatif ne modifie pas la qualification : il crée un droit de jouissance exclusive, pas un droit de propriété.

Réseaux enterrés en copropriété horizontale

Dans un lotissement, les voiries, l'éclairage et les réseaux enterrés sont les parties communes. Leur qualification est pourtant régulièrement contestée, parce que les contrats multirisque immeuble sont conçus pour du bâti collectif et traitent mal ce cas. Vérifier que le contrat prévoit explicitement la copropriété horizontale, et non par assimilation.

Le règlement du dégât des eaux : la convention IRSI

Depuis le 1ᵉʳ juin 2018, la convention IRSI — pour indemnisation et recours des sinistres immeuble — organise le traitement des dégâts des eaux et incendies entre assureurs. Elle a remplacé la convention CIDRE, dont le seuil était bien plus bas.

Son mécanisme repose sur la désignation d'un assureur gestionnaire unique : celui de l'occupant du local sinistré, qu'il soit propriétaire ou locataire. Cet assureur instruit le dossier, mandate l'expert et indemnise, sans attendre que la responsabilité soit établie.

Trois tranches structurent le dispositif :

Montant des dommages Traitement
Jusqu'à 1 600 € HT L'assureur gestionnaire indemnise, aucune recherche de responsabilité entre assureurs
De 1 600 à 5 000 € HT L'assureur gestionnaire indemnise puis exerce un recours contre l'assureur responsable
Au-delà de 5 000 € HT Sortie de la convention : droit commun, recherche de responsabilité et expertise contradictoire

Deux précisions comptent pour l'assuré.

La convention lie les assureurs, pas vous. C'est un accord professionnel destiné à accélérer l'indemnisation. Il ne crée aucun droit nouveau au bénéfice du copropriétaire et ne lui est pas opposable s'il entend agir sur le fondement du droit commun.

La déclaration ne change pas. Quel que soit le montant, le sinistre se déclare à son propre assureur et au syndic, dans le délai contractuel — généralement cinq jours ouvrés. C'est au syndic de déclarer au titre de la multirisque immeuble si les communs sont concernés.

Quand la frontière est contestée

La séquence utile, dans l'ordre :

  1. Déclarer sans attendre l'issue du débat sur la qualification. Un retard de déclaration peut fonder une déchéance de garantie, alors que la discussion sur le commun et le privatif se poursuit sans conséquence sur ce délai.
  2. Produire le règlement de copropriété à l'expert. C'est la pièce qui tranche, et elle n'est pas toujours au dossier.
  3. Demander le rapport d'expertise. L'assuré y a droit, et c'est lui qui fonde la qualification retenue.
  4. Solliciter une contre-expertise si la localisation de l'origine est contestable. La plupart des contrats prévoient la prise en charge d'un expert d'assuré, en tout ou partie.
  5. Saisir le médiateur de l'Assurance en cas de blocage avec son propre assureur, gratuitement, après avoir épuisé le service réclamations.

Le conseil pratique

Deux réflexes évitent la majorité des litiges.

Lire le règlement de copropriété avant le sinistre, et pas pendant. Repérer en particulier la qualification des fenêtres, des volets, des balcons et des canalisations : ce sont les quatre points qui décideront du payeur. Ce document est remis à l'acquisition et le syndic doit pouvoir le fournir.

Documenter l'origine immédiatement. Photographier avant toute intervention, faire préciser par le plombier l'emplacement exact de la fuite par rapport au point de piquage, conserver la facture. Une expertise qui intervient après réparation sur un élément encastré tranchera sur des indices, et le doute ne profite jamais à celui qui n'a pas de preuve.